22/10/2010

La psychothérapie ou le dialogue avec soi-même

Je souhaite consacrer mes prochaines chroniques à ce qui différencie et à ce qui relie la psychothérapie et la spiritualité. Je désire souligner comment les deux entreprises sont naturellement associées et combien elles ont besoin l'une de l'autre pour présenter un point de vue complet sur l'être humain. Aujourd'hui, nous explorons la nature de la psychothérapie et sa fonction.

La spiritualité est entrée dans ma vie bien avant la psychanalyse. D’abord à travers mon enfance catholique qui, malgré son étroitesse, a au moins eu le mérite d’éveiller ma passion mystique. Puis, à l’âge de vingt ans, à travers un livre intitulé Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience (Buchet-Chastel), j’ai rencontré Sri Aurobindo, activiste politique, philosophe et poète. Je me suis dit à l’époque : « Si ce qui est décrit dans ce livre existe vraiment, je veux connaître cette réalité ! »

Puis la lecture des écrits de Carl Gustav Jung est venue faire le pont entre l’orient et l’occident. Elle m’a amené en thérapie et à mon métier. Avec le concept du Soi comme centre de la personne, dont le moi est pour ainsi dire l’outil conscient, il posait sur le terrain psychologique une hypothèse révolutionnaire et devenait ce chaînon manquant entre psychologie et spiritualité.

À quoi sert la psychothérapie ?
La psychothérapie sert essentiellement à favoriser l’émergence d’un « sujet » conscient de lui-même, la naissance de quelqu’un qui peut dire « je » en devenant témoin de sa propre expérience. Le mot « témoin » est ici primordial car la plupart du temps nous sommes emmêlés à nos propres expériences, submergés par nos émotions, et identifiés à nos états affectifs. En effet, nous sommes beaucoup plus conditionnées que nous le croyons par les empreintes familiales, sociétales, religieuses et raciales. Nous ne sommes pas conscients de cet état d’asservissement inconscient à ce que Jung appelle des « complexes », des sous-personnalités qui ont le pouvoir de nous définir en nous faisant sentir, penser et agir à notre insu. En réalité, il serait plus juste de dire que ce n’est pas tant que nous avons des complexes, mais que les complexes nous ont. Ils nous possèdent. Ils nous fascinent et, de la sorte, ils nous enchaînent au passé.

L’histoire d’une vie réussie va donc consister à prendre conscience de ces facteurs intérieurs et à dénouer ces « nœuds » vivants, comme disent les taoïstes. C’est à cela que servent les épreuves que nous traversons. Elles viennent nous indiquer qu’il y a un écart entre ce que nous croyons être et ce que nous sommes vraiment. En ce sens, la souffrance est d’abord et avant tout indicatrice d’une friction dont nous avons à découvrir la cause. En somme, notre tâche consciente est de nous démêler, de sortir de la confusion pour gagner une véritable autonomie par rapport à ce qui nous rapetisse et nous soumet. Bref, c’est une entreprise de libération.

Les techniques psychothérapeutiques
En gros, nous pourrions dire que les différentes techniques que la psychothérapie propose pour favoriser l’émergence d’un témoin intérieur se résument à créer de l’espace et de la distance. La différenciation qui en résulte entraîne une rupture d’identification d’avec les conditionnements qui sont devenus embarrassants et qui nous font souffrir. Elle va permettre une chose salutaire sur laquelle on ne saurait trop insister : le dialogue avec soi-même. Car pour dialoguer, il faut être deux, il faut qu’il y ait duo et il faut qu’il y ait de l’espace.

Le processus thérapeutique favorise la création de ce dialogue au moyen d’une « ex-pression » (pression hors de soi) qui permet une « objectivation », c’est-à-dire que ce qui nous emmêle intérieurement devient plus clair parce que circonscrit et extériorisé. Le moi, le « sujet » au sens de la psychanalyse, va donc entreprendre une relation avec différents « objets » intérieurs qui sont en réalité divers fragments de personnalité plus ou moins autonomes. Par exemple, dans une psychanalyse et dans la plupart des cures verbales, on invite la personne à « parler » de ce qu’elle vit. De ce fait, il y a de bonnes chances qu’elle commence à entendre et à comprendre son expérience.

Dans le même ordre d’idée, la technique en vogue du Emdr, en induisant un léger état second, permet de récréer les circonstances traumatisantes du passé et d’agir dessus. La thérapie en Écho développée par le Dr Jean-Charles Crombez de Montréal propose la « création d’objets intérieurs » pour pouvoir agir sur eux et avec eux. L’Art thérapie encourage le « dessin des états intérieurs » parce que, fait primordial, la personne qui dessine sa dépression n’est pas la même que celle qui est identifiée à sa dépression. En outre, l’individu entre en contact avec ses ressources créatrices.

Fait à souligner, cette dernière technique découle directement des inspirations de Jung qui pour sortir de la crise après sa rupture avec Freud a employé le jeu de sable, la création quotidienne d’un mandala et la peinture. J’ai moi-même créé les Productions Cœur. Com dans le but d’associer la compréhension psychologique et l’expression créatrice car cette dernière offre l’avantage de créer un jeu avec la réalité psychique qui permet de relativiser les drames que l’on vit. De plus, facteur essentiel, le sujet sort de la passivité pour devenir actif dans sa transformation.

Le dialogue conscient avec soi-même marque le début d’une longue aventure qui mène graduellement à une compréhension qui affranchit le moi des formes qui emprisonnent sa véritable nature. Cet échange porte le germe d’un respect de soi qui favorise un rapport authentique à soi-même, aux autres et à la vie. Toutefois, malgré sa force, la psychothérapie ne va pas sans créer des écueils. Nous verrons cela dans la prochaine chronique.

Photo Guy Corneau

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