12/11/2015

Le couple est-il possible ?

Fuis-moi, je te suis ; suis-moi, je te fuis ?

Nous pourrions dire, en caricaturant, que les hommes sont élevés pour être des héros solitaires et les femmes pour être en couple. Même si cela est moins vrai aujourd'hui, il n'en reste pas moins que les stéréotypes ont la vie dure. Lorsque vous mettez ensemble un homme qui a peur de l'engagement et une femme qui a besoin de s'engager, vous obtenez un couple impossible. La dynamique de ce couple pourrait s'exprimer ainsi : fuis-moi, je te suis; suis-moi, je te fuis! Plus elle essaie de se rapprocher de lui pour guérir l'absence de regard paternel, plus il est tenté de la fuir pour échapper à l'emprise maternelle. Tous les deux sont complètement conditionnés par des enfances où les pères n'étaient pas très présents et où les mères devaient prendre toute seule la charge du foyer, exerçant un tel pouvoir sur les enfants que toute leur vie en restera imprégnée.

Comment se rendre capable d’aimer malgré de tels conditionnements? Tout d’abord en cessant de penser que votre partenaire n’est pas le bon. Au contraire, les blessures passées que vous portez inconsciemment ont attiré cet être dans votre vie et les frictions que vous vivez avec lui sont là pour vous révéler ces mêmes blessures. On fait fausse route en pensant que tout est de la faute de l’autre. Et même si on se sépare, le risque est grand de se retrouver encore avec le même type de personne, car il y aura confrontation tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas appris à se connaître soi-même, à reconnaître ses faiblesses et à s’aimer. Et pour cela, il faut que quelque chose éclate.

Le passé vit encore en nous.

Est-ce à dire qu’on ne devrait jamais se séparer ? Pas du tout, certaines relations deviennent parfois trop irritantes, voire toxiques, ou, à l’opposé, trop ennuyantes. Mieux vaut tout de même réfléchir sur ce qui accroche avant de tout casser, car c’est ce que l’on porte en soi d’attentes, de peurs et de blessures non soignées qui nous liera à la prochaine personne. Comme si s’exerçait dans ce domaine une terrible loi : nous attirons et nous sommes attirés par des personnes qui nous ressemblent intérieurement. Autrement dit, le passé n’est pas mort. Il vit encore en nous et il agit comme un aimant, attirant les expériences qui seront à même de provoquer une prise de conscience.

Une partie du problème vient du fait que nous recherchons tous un amour qui va tout réparer. Cette attitude est illusoire et elle entraîne une forme de dépendance. Tant qu’on ne décide pas de comprendre le pourquoi de nos insatisfactions affectives en en cherchant la raison à l’intérieur de soi, on est soumis à l’autre, nous croyant victime de ses manquements alors que nous sommes inconsciemment manipulés par nos peurs et nos attentes.

L’humoriste Coluche disait qu’être en couple, c’était gérer à deux des problèmes qu’on n’aurait pas eu tout seul ! C’est tout à fait vrai, car nous avons besoin de rencontrer ces problèmes pour prendre conscience de ce qui, à notre insu, nous contrôle et nous possède. C’est dans ce sens qu’on est toujours dans le bon couple, car ce qui s’y passe peut nous faire évoluer. Je dis bien « peut nous faire évoluer » car personne n’est obligé de s’ouvrir, mais, si on ose le faire, on court la chance de s’éviter des écueils encore plus grands.

Est-ce que le couple est possible ? Il le devient lorsque, devant les problèmes rencontrés, chaque partenaire est prêt à vérifier l’ampleur de ses attentes et de ses peurs, sans rejeter la responsabilité sur l’autre ; en tout cas, on peut dire qu’à partir de là, la vie à deux s’en trouve grandement facilitée.

Photo Guy Corneau

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