02/10/2014

Pas besoin d'être en santé pour

Tout récemment, un ami me racontait une aventure étonnante. Avec un petit groupe de personnes, il revenait d'une expédition au Mont Kailash sur le territoire tibétain, un haut lieu de la spiritualité universelle, une antenne vibratoire équivalente au Mont Sinaï. Or, dans ce voyage, rien ne s'est passé comme prévu. Il faisait jusqu'à -15°C la nuit, alors qu'il devait faire un confortable 12°C. Ils ont mangé la même nourriture pendant 15 jours parce que leur cuisinier a déclaré forfait. Ils ont même fini par manquer d'eau, ce qui a causé des problèmes allant jusqu'à l'évanouissement pour ce camarade.

« Quelle désillusion, lui dis-je.
- Pas du tout, me répond-il. J'ai rarement été aussi heureux dans ma vie.
- Comment ça ?
- J’ai appris une chose étonnante : notre bonheur ne dépend pas des conditions extérieures. Nous avons eu faim, nous avons eu froid, nous avons eu soif, nos désirs habituels, sensuels et autres, ne pouvaient être satisfaits, et pourtant la joie était au rendez-vous. »

La même chose se passe au niveau de la santé. Revenu de mon cancer, de nombreuses personnes me demandent si je serais aussi serein si j’étais resté très malade ou si j’en étais mort. Je leur réponds que j’ai appris en cours de route que ma joie était indépendante de ma santé. Nuançons. La santé du corps et la santé psychologique favorisent la joie. Ce sont des environnements hautement favorables. Toutefois, lorsque votre vie est menacée par un cancer de grade 4 dont vous ne connaissez pas l’issue, vous devez changer de perspective. Vous devez apprendre à activer la joie en vous comme on active son téléphone cellulaire, intensifiant l’énergie de vie volontairement, peu importe ce que vous traversez. Pour ma part, atteint par le cancer, je me suis dit que tant qu’à mourir, je préférais mourir le sourire aux lèvres. Passé l’épreuve, je me dis aujourd’hui que tant qu’à vivre, je préfère vivre le sourire aux lèvres.

Car, voyez-vous, la vérité sur la guérison est que, en chacun de nous, les facteurs de dégénérescence sont plus rapides que les facteurs de régénérescence. Peu importe ce que vous allez faire, vous allez mourir. Malade ou en santé, le choix est le même : favoriser sa santé ou la détruire, ralentir la marche inéluctable vers la dégradation totale ou la précipiter. En général nous sommes ignorants d’un tel état de choses. Nous vivons comme si nous étions invincibles jusqu’à ce que les ennuis nous arrêtent sur notre lancée héroïque. Pourtant, l'équilibre sur le plan de la santé se décide chaque jour. Cela se compare à une promenade en vélo. Votre balance dépend d’un instant à l’autre du genre de coup de pédale que vous allez donner. Chaque jour, par nos choix alimentaires, créatifs, amoureux, par nos choix sur le plan des exercices physiques, de la visualisation créatrice, de la méditation et du rapport avec la nature, nous décidons de la qualité de notre vie. Nous décidons de jour en jour, consciemment ou non de notre guérison ou de notre maladie. Car ces états sont fluctuants. Un jour nous nous construisons, le lendemain, nous nous détruisons, puisque nous ne pouvons véritablement que favoriser notre santé ou accélérer notre déchéance.

Le capital de santé diffère d’un individu à l’autre, dépendant de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux. Toutefois, une chose est certaine, plus vous vous rendez compte rapidement que vos comportements d’aujourd’hui décide de votre équilibre de demain, mieux ce sera. Plus rapidement vous pouvez vous engager dans une vie respectueuse de la vie et des talents qui sont vôtres, plus vous risquez de connaître une santé florissante.

Bien entendu, nous connaissons tous quelqu’un qui a fait tout ce qu’il fallait pour s’assurer d’un meilleur équilibre et qui, pourtant, est tombé gravement malade. En réalité, le succès de la démarche ne se mesure pas en fonction de la santé physique, mais de la santé globale. Le travail d'unification et d'allègement de soi-même prépare de toute façon à une vie après la mort si l’on peut parler ainsi, mort à son ancienne vie et renaissance dans celle-ci, ou passage dans une autre dimension. Pour revivre, nous devons accepter de muer, de laisser notre vieille peau derrière nous. Elle est faite de nos tracas habituels, de nos désirs, de nos prétentions, de notre tristesse et de nos lourdeurs. Et puis, la santé ne saurait être un but en soi. Il faut tout de même se demander : la santé, pour quoi faire ?

Photo Guy Corneau

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