31/01/2011

Pourquoi la main droite ne sait pas ce que fait la main gauche ?

Il suffit de s'observer au cours d'une journée pour se rendre compte que l'on n'est pas toujours présent à ce que nous faisons. En réalité, dans notre vie quotidienne, il y a de longues plages d'absence et d'inconscience. Il s'agit de notre état naturel pour ainsi dire, un état où règne l'indifférenciation. De temps à autre nous émergeons pour reprendre contact avec nous-même et nous réalisons alors que nous existons en tant qu'entité séparée. Cette réalité est perturbante en soi. Elle l'est encore plus si vous êtes à même de constater que ce n'est jamais tout à fait la même personne qui est là. Par exemple, vous vous êtes sans doute déjà aperçu que vos états intérieurs peuvent changer en l'espace de quelques minutes.

Pire encore, au moment d'une prise de décision, nous sommes à même de prendre conscience qu'il y a des volontés différentes en nous et qu'elles ne vont pas toutes dans la même direction. N'importe quelle personne qui a tenté de s'abstenir de sexe, d'alcool ou de sucre a vécu l'expérience de se retrouver presque sans s'en rendre compte à faire ce qu'elle ne voulait pas faire.

Ces divers éléments témoignent du fait que nous ne sommes pas seuls dans notre propre maison. Il y a plusieurs personnages qui se disputent le poste de direction. Ces sous-personnalités s'appellent des complexes et tout comme le moi conscient, elles ont une histoire, des souvenirs et une volonté propre. Ces réalités traduisent l'état de dissociation de la psyché humaine. La psyché ne parle pas d'une seule voix. Elle ressemble à une collection d'états affectifs connectés ensemble de façon très relâchée. Voilà comment la main gauche peut en arriver à faire quelque chose que la main droite ignore, comme le dit l'expression populaire.

Le moi, ce qui permet de dire je, n'est qu'une voix parmi les autres, une voix à laquelle nous nous identifions plus régulièrement mais qui est en fait de la même nature que les autres voix. En effet, le moi est un complexe comme les autres, une partie de nous qui s'est différenciée graduellement et qui a pris le pouvoir. Toutefois, ce moi demeure perméable à toutes les influences de l'inconscient. Ceci va lui permettre de se transformer au cours de l'existence en accueillant ces influences, mais d'autre part, cela le rend fragile.

Psychologie du moi et psychologie du soi.
Je vous parle de tout ceci pour vous amener à mieux distinguer la psychologie du moi de la psychologie des profondeurs et de la spiritualité. La psychologie du moi nous parle du développement de ce dernier et s’attache à favoriser l’émergence du moi par rapport aux autres complexes ainsi qu’à permettre l’affirmation de celui-ci en tant que centre de la conscience. Cette évolution est d’une importance capitale pour avoir un sens de sa propre identité, même si par définition elle restera fluctuante.

La psychologie des profondeurs reconnaît l’inconscient et s’occupe du moi lorsque celui-ci se rend compte qu’il n’est pas seul dans sa maison et qu’il y a d’autres personnages à l’intérieur de la psyché qui prennent parfois la parole à son insu. C’est l’essentiel de la révolution apportée par la psychanalyse. Jung a repoussé les limites de cette psychologie en notant que malgré l’état de dissociation de la psyché, il y avait également en nous une tendance à l’unification qu’il a appelé le soi. C’est ainsi qu’en anglais on distingue la psychologie du moi –ego psychology- de la psychologie du soi –self psychology.

Dans son aspect proprement psychologique, la recherche du soi aboutit à devenir soi-même de la façon la plus originale possible. Dans son aspect spirituel, la quête de soi manifeste la fonction religieuse de l’être, une fonction essentielle qui pour but de relier la personne à quelque chose de plus grand qu’elle. Indépendamment de toute pratique institutionnalisée, la spiritualité exprime donc la façon dont la pulsion ou la tendance naturelle au sacré est vécue.

Ainsi à l’aube de la vie, il y a un état d’indifférenciation d’où émerge un moi différencié qui par la suite refait l’expérience de l’unité en réalisant un rapport conscient avec le soi au sein d’une démarche psycho-spirituelle. Ceci constitue le parcours de l’individuation de l’être, tel que défini par Jung. Il reste qu’arriver à prendre la responsabilité pour tout ce qui se passe en soi représente un haut accomplissement pour un être humain. C’est ce dont nous discuterons la prochaine fois.

Photo Guy Corneau

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